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« Mon interprétation », m’a expliqué Jean-Marc Froment, alors directeur du parc, est que l’armée ougandaise « conduit des opérations au sein de la Garamba et en profite pour prendre de l’ivoire ». Mais, ajoute-t-il, les braconniers pourraient aussi bien être des soldats du Soudan du Sud, qui utilisent le même type d’hélicoptère déjà repéré au-dessus du parc. Un conseiller de l’armée ougandaise rejette la thèse des raids héliportés, estimant qu’on a pu tirer dans la tête des éléphants pour les achever.

Froment, qui a beaucoup travaillé en Afrique centrale, a été nommé à la Garamba au début de 2014, peu après la découverte de dizaines de carcasses d’éléphants dans le parc. Ce devait être un poste transitoire, mais ce qu’il a vu l’a déterminé à rester. Froment a grandi non loin de la Garamba, à une époque où l’on pouvait admirer un rassemblement de 5 000 éléphants en survolant le parc. Aujourd’hui, un troupeau de 250 têtes fait figure d’exception.

Une « guerre » : c’est ainsi que Froment décrit le combat des 150 gardes de la Garamba contre les braconniers. Des fonds ont été débloqués pour améliorer leur équipement. Mais l’achat de nouvelles armes nécessite l’accord de l’armée congolaise, que Froment n’a pas pu obtenir.

À mi-parcours de la patrouille, nous tombons sur une clairière d’herbes brûlées, non loin de la rivière Kassi. Des gardes de la Garamba ont récemment surpris ici des soldats soudanais en plein braconnage, et en ont tué deux. Je trouve un fragment de crâne humain, puis je suis à deux doigts de ramasser une grenade que j’ai prise pour un bébé tortue. Les Soudanais l’ont lancée pendant le combat, selon les gardes, mais elle n’a pas explosé. Pas encore.

D’ailleurs, l’Afrique centrale tout entière est une grenade, dégoupillée par une histoire faite d’exploitation des ressources depuis l’étranger, de dictatures et de pauvreté. « La question du braconnage est une question de gouvernance, affirme Froment. Nous protégeons les éléphants pour protéger le parc. Nous protégeons le parc pour laisser aux futures générations quelque chose qui ait de la valeur. »

Froment se bat pour les éléphants, car il sait que, sans la présence de ces animaux, personne ne soutiendra la Garamba. Le parc – qu’il appelle « le coeur de l’Afrique » – serait alors perdu. La Garamba est un chaudron à l’intérieur d’un chaudron, un parc assiégé dans un pays souvent ravagé par la guerre civile, dans une région qui ne sait quasiment plus ce qu’est la paix.

Lors de notre patrouille, nous ne rencontrons ni braconniers ni rebelles. Mais l’équipe va être bientôt décimée. Quelques mois plus tard, le 25 avril 2015, le garde qui m’a conduit dans la Garamba, Agoyo Mbikoyo, sera tué au cours d’une patrouille par un gang de braconniers. Et, en juin, trois autres agents des parcs perdront la vie. Les coupables seraient des Soudanais du Sud, selon African Parks.

Après avoir visité la Garamba, je m’arrange avec un contact confidentiel pour introduire mes défenses sur le marché noir près de Mboki. Ce petit village centrafricain, à mi-chemin entre la Garamba et le Soudan, a été la cible d’attaques de l’armée de Kony mais aussi un refuge contre la milice pour des habitants de la région.

Un GPS a été retrouvé sur le cadavre d’un chef de l’ARS, Vincent Binany Okumu, tué en 2013 dans un échange de tirs avec des forces de l’Union africaine alors qu’il revenait d’une expédition de braconnage dans la Garamba. Selon les données stockées dans l’appareil, Mboki se trouve sur la route de l’ivoire menant à la base de Kony dans le Darfour.

Il est peu après 4 heures du matin, mais les six gardes et le cuisinier formant l’unité Hippotrague (d’après une espèce d’antilope) sont déjà debout et en tenue de camouflage. Ils campent sur la colline d’Heban, au Tchad, à 130 km à l’ouest de la frontière avec le Soudan et à 100 km au nordest du parc national de Zakouma, qui abrite les 450 éléphants du dernier grand troupeau du pays. Les hommes de l’unité se préparent aux prières du matin. C’est la saison des pluies et, comme les éléphants qu’ils surveillent, les gardes ont quitté le parc pour les hauteurs.

Les pachydermes vivent au même rythme que le parc. Ils s’y réfugient en saison sèche ; ils en sortent au moment des pluies, quand le parc ressemble presque à un lac. Les éléphants se divisent alors en deux groupes pour échapper aux inondations. L’un part vers le nord et Heban, l’autre vers l’ouest et le centre du Tchad.

Sur la colline, les gardes ne sont pas trop inquiets pour leur sécurité. Ils ont relevé une équipe qui a opéré une descente sur un campement de braconniers trois semaines plus tôt. Plus d’un millier de cartouches, des téléphones portables contenant des photos d’éléphants morts, un téléphone satellite avec un chargeur solaire et deux défenses d’éléphant ont été saisis, ainsi qu’un uniforme portant les insignes d’Abou Tira (une unité de la police soudanaise suspectée de massacres, d’attaques et de viols au Darfour). Les gardes ont aussi récupéré un laissez-passer avec un tampon de l’armée soudanaise, autorisant trois soldats à se rendre du Darfour à une ville frontalière avec le Tchad.

Le parc national de Zakouma a perdu près de 90 % de ses éléphants depuis 2002. La plupart – pas moins de 3 000 – ont été tués entre 2005 et 2008. Des groupes d’une grosse douzaine de braconniers armés débarquaient dans le parc, y campaient pendant plusieurs mois et tuaient jusqu’à soixante-quatre éléphants d’un coup. En 2008, la Wildlife Conservation Society a fourni un avion de surveillance. Le braconnage a décru.

Les chasseurs soudanais se sont adaptés. Des groupes de moins de six hommes s’infiltraient dans le parc pour la journée. Ils tuaient moins d’éléphants par raid, mais étaient plus difficiles à repérer. « Ma plus grande crainte, dit l’actuel directeur du parc, Rian Labuschagne, d’African Parks, est qu’ils viennent par paires. »

Les hommes de l’unité Hippotrague se disent qu’après la descente de leurs prédécesseurs, les braconniers seront tous rentrés chez eux. En fait, ce matin-là, ces derniers sont cachés parmi les arbres qui entourent le camp des gardes. Et ils ouvrent le feu. Cinq gardes sont tués. Un sixième, un jeune guetteur, est peut-être parvenu à s’enfuir, mais il est porté disparu – sans doute mort. Blessé, le cuisinier s’est traîné sur 18 km pour aller chercher de l’aide.

Par la suite, en examinant la trajectoire des balles, Labuschagne en conclura que les braconniers ont été entraînés à la technique des tirs croisés. Cela et d’autres indices trouvés sur les lieux désignent les forces armées soudanaises du président Omar al-Bachir comme commanditaires de l’assaut. Mais, pour une fois, l’histoire ne s’arrête pas là. Saleh Adoum, frère d’une des victimes, décide que, dès la fin de la saison des pluies, il partira pourchasser les tueurs au Soudan avec un cousin. Là même où convergent tant de routes de l’ivoire.

Le Soudan est devenu au braconnage des éléphants ce que la Somalie est à la piraterie. En 2012, une centaine de braconniers soudanais et tchadiens à cheval ont traversé l’Afrique centrale avant de pénétrer dans le parc national de Bouba N’Djida, au Cameroun, où ils ont installé un camp. Le carnage a duré quatre mois. Plus de 650 éléphants ont été tués.

Ces braconniers appartenaient sans doute aux Rizeigat du Darfour (un groupe tribal lié aux Janjaouid, des milices soutenues par le gouvernement soudanais qui ont commis des atrocités au Darfour), avance Céline Sissler-Bienvenu, du Fonds international pour la protection des animaux, qui a dirigé une inspection dans le parc après la boucherie. En 2013, des braconniers tchadiens et soudanais ont été également impliqués dans le massacre de près de 90 éléphants (dont 33 femelles gravides et nouveau-nés) près de Tikem (Tchad), non loin de Bouba N’Djida.

Le fait que des membres de l’armée soudanaise échangent des armes contre de l’ivoire avec l’ARS soulève des questions sur l’implication du gouvernement soudanais au plus haut niveau. En 2009, al-Bachir a été le premier chef d’État du monde inculpé pour crimes de guerre et crimes contre l’humanité par la Cour pénale internationale (CPI) de La Haye. Luis Moreno- Ocampo, alors procureur de la CPI, a souligné le contrôle exercé par al-Bachir sur les groupes qui seraient derrière le trafic d’ivoire au Soudan : « Il a utilisé l’armée, il a enrôlé les milices Janjaouid. Elles lui rendent des comptes, elles lui obéissent en tout. Son contrôle est absolu. »

Michael Onen, le déserteur de la milice de Kony, m’a raconté que l’ARS et les Janjaouid s’étaient battus pour l’ivoire – les deux groupes se le volant les uns aux autres –, et que les succès des Janjaouid dans ce trafic ont donné à Kony l’idée de tuer des éléphants. L’ARS revend de l’ivoire à l’armée soudanaise, selon Onen.

Le Soudan beau servir de refuge à des groupes de trafiquants, il attire peu l’attention des institutions mondiales. Le secrétariat de la Convention sur le commerce international des espèces de faune et de flore sauvages menacées d’extinction (Cites) a listé les huit pays constituant la « préoccupation principale » dans le trafic d’ivoire (dont le commerce international reste interdit) : Chine, Kenya, Malaisie, Ouganda, Philippines, Tanzanie, Thaïlande et Viêt Nam. Huit autres pays relèvent d’une « préoccupation secondaire » : Cameroun, Congo, RDC, Égypte, Éthiopie, Gabon, Mozambique et Nigeria. Trois autres sont classés « méritant d’être suivis » : Angola, Cambodge et Laos.

Le Soudan ne figure pas sur ces listes. Or les braconniers soudanais sont parmi les principaux responsables de massacres d’éléphants dans plusieurs pays à surveiller en priorité selon la Cites. Le Soudan est également un fournisseur d’ivoire attesté de l’Égypte. Il bénéficie aussi pour ses infrastructures d’investissements chinois substantiels, qui s’accompagnent en général de la fourniture d’une importante main-d’oeuvre chinoise, laquelle joue un grand rôle dans la contrebande de l’« or blanc » dans de nombreuses parties de l’Afrique. À Khartoum, des boutiques d’ivoire font de la publicité aussi bien en anglais et en chinois qu’en arabe.

Le Soudan n’apparaît pas sur les listes de la Cites, car l’organisme fixe ses priorités surtout en fonction des prises d’ivoire, précise John Scanlon, son secrétaire général. Or, ces dernières années, peu de saisies ont impliqué le Soudan. De là cette question : si l’ivoire est braconné par les Soudanais, où part-il ensuite ?

Mes défenses ne bougent pas pendant plusieurs semaines. Sur la carte de l’est de la Centrafrique affichée sur mon écran d’ordinateur, elles sont figurées par deux points bleus en forme de larme. Puis elles se mettent à trembloter, et se déplacent de quelques kilomètres. Soudain, elles avancent régulièrement vers le nord, progressant de 20 km par jour le long de la frontière du Soudan du Sud, en évitant toutes les routes. Au bout de deux semaines, elles passent au Soudan du Sud et, de là, gagnent l’enclave de Kafia Kingi, un territoire contesté du Darfour, mais contrôlé par le Soudan.

Kafia Kingi est bien connu comme un repaire de Kony. En avril 2013, une coalition d’ONG a publié un rapport intitulé Caché à la vue de tous : comment le Soudan a abrité l’ARS dans l’enclave de Kafia Kingi, 2009-2013. Les déserteurs de l’ARS avec qui j’ai discuté m’ont presque tous dit que Kony se trouvait dans la région de Kafia Kingi. Ce que confirment les forces de l’Union africaine basées à Obo (Centrafrique) et chargées de lui mettre la main dessus. « Ce n’est un secret pour personne que Kony est au Soudan, déclare Marty Regan, du département d’État américain. C’est son repaire. »

Les défenses repartent quelques jours plus tard vers Songo, la ville-marché soudanaise où, selon Onen, les hommes de Kony écoulent leur ivoire. Là, les défenses demeurent trois jours durant dans ce qui ressemble à une clairière aux abords de la ville, puis elles parcourent 10 km vers le sud et repartent à Kafia Kingi.

Je commande une photo satellite de leur localisation à DigitalGlobe (un service en ligne d’imagerie spatiale), et fais appel à des experts pour l’interpréter. Le colonel Mike Kabango, des forces de l’Union africaine, distingue sur l’image une grande tente et deux petites ; selon Ryan Stage, un spécialiste de télédétection du Colorado, il y a un grand camion et deux tentes.Au bout de trois semaines, les défenses obliquent de nouveau vers le nord, et retournent au Soudan. Prenant de la vitesse, elles gardent le même cap avant de tourner brusquement vers l’est, en direction de Khartoum.

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